Festival Normandie impressionniste

   

Texte de Stéphane Nappez

L’Impressionnisme hors des sentiers battus

Avec une programmation éclectique mettant en avant le travail de musiciens, comédiens, cinéastes, vidéastes, photographes, plasticiens, écrivains... le festival Normandie impressionniste met en effervescence la Haute et la Basse-Normandie… Parmi cette centaine de rencontres, deux événements abordent l’impressionnisme par des chemins de traverse…

 

De Daumier
à Toulouse-Lautrec,
le dessin de presse à l’époque impressionniste (1863-1908).

Collection Gérard Gosselin

Artiste contemporain et collectionneur, Gérard Gosselin est commissaire de cette exposition, avec Martine Thomas, qui se tient dans l’enceinte de l’Insa de Rouen, au Technopôle du Madrillet (Saint-Étienne-du-Rouvray) du 1er juin au 30 septembre : « J’ai commencé cette collection de dessins de presse, lorsque je suis tombé un jour sur le portrait de Staline par Picasso publié dans les Lettres françaises. Staline venait de mourir et le dessin fit grincer les dents de quelques responsables du Parti… Je me suis alors intéressé aux dessins que les peintres livraient à la presse. La majorité d’entre eux étaient d’ailleurs animés par des motivations alimentaires ou promotionnelles plutôt qu’artistiques, à l’exception, peut-être, de Renoir et de Lautrec. Il faut savoir que pendant la période qu’embrasse l’exposition, les photographies ne pouvaient pas encore être directement imprimées sur le papier. Les journaux payaient alors des artistes pour graver les images sur des supports de bois « debout », très résistant, ou encore sur du zinc. A partir de ces « matrices », les images pouvaient être imprimées sur le papier. Monet a par exemple fait le dessin de ses propres tableaux pour les reproduire dans la presse. Il avait d’ailleurs une grande maîtrise de la technique de la gravure sur zinc et savait l’utiliser pour suggérer la lumière… ».
 

DE[S]RIVE[S]

Architecte de formation et responsable du groupe rouennais Échelle inconnue, Stany Cambot mène une réflexion participative sur les couleurs de la Seine. « De quelle couleur est la Seine ? Depuis 2004, le collectif Échelle inconnue a entamé une série de « marches sur berge » le long du fleuve. Le but était de rencontrer des riverains, des professionnels et des usagers de la Seine pour leur poser cette question très subjective… Il faut savoir que depuis les années 1990, après une décennie de désintérêt pour le fleuve en raison de sa désindustrialisation, les politiques d’aménagement du fleuve ont complètement changé de perspective pour se réorganiser autour de deux grands axes : celui des loisirs et celui de l’immobilier… Mais que s’est-il passé durant les années 1980, période d’amnésie du fleuve ? On s’est ainsi rendu compte que les gens s’étaient forgé leurs propres représentations et usages des bords de Seine. En leur posant la question de sa couleur, on s’est bientôt aperçu que la réponse mettait en place une représentation d’ordre psycho-géographique. La Seine est avant tout un espace de projection qui structure le territoire, et cet espace de projection passe par la « couleur » qu’on lui trouve… Nous avons rencontré un docker, un historien, un marinier, des riverains, mais aussi des « peintres du dimanche ». À tous, nous leur avons soumis un nuancier pour qu’ils nous racontent leur couleur de la Seine. On a observé une colorimétrie dans le temps : la Seine était blanche dans les années 1950 en raison de la mousse des détergents qu’on y déversait, mais aussi à cause des hivers très froids qui l’ont vu geler. À d’autres périodes de l’histoire, elle a pu être rouge « brésil », comme lors de l’exposition brésilienne de 1550, ou encore comme en 1961 après le massacre des Algériens jetés dans la Seine par la police parisienne du préfet Papon, ou bien en raison du commerce du vin d’Algérie dont Rouen était le grand port d’importation. Elle peut être également « gris administratif » pour un gardien d’écluse… Bref, c’est l’histoire personnelle de chacun qui fait la couleur du fleuve. L’idée du groupe est donc de jalonner les bords de Seine rouennais avec 25 clous de chaussées gravés de QR-codes, sortes de « codes-barres » à deux dimensions, qui renvoient à des pages de contenus multimédia. Chacun pourra les lire à partir de son téléphone portable et se confronter ainsi à d’autres types de représentations du fleuve. »

Quelques temps forts du festival (extrait du magazine N° 26)