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DOSSIERI
Croyances et traditions populaires. D’étranges
rites au secours du destin
Ils
pourraient passer pour totalement anachroniques dans une époque
dominée par le matérialisme et le rationalisme scientifique.
Pourtant, les désenquéraudeurs (ou désencraudeurs),
les rebouteux ou faiseurs de miracles n’ont pas disparus et
conservent une certaine aura dans la société rurale
où le recours à ces praticiens est encore souvent
un acte naturel. Souffler une brûlure, guérir un zona,
soulager les tourments, éloigner les jeteurs de sorts...
Quelles sont les raisons profondes qui poussent à confier
tout son être à un guérisseur ou à un
exorciste plutôt qu’à un homme de science ? Pourquoi
placer sa confiance dans l’usage des dons naturels, voire
magiques, et se défier des protocoles médicaux ? La
crédulité populaire seule n’explique pas le
phénomène. Le médecin et son art de guérir
éprouve ses limites et peut faillir, tandis qu’un “homme
de magie”, pratiquant dans le mystère des incantations,
accède à ce que la raison ne peut prendre en charge.
Certains hôpitaux répondent parfois à la demande
des patients qui souhaitent la visite discrète d’un
désencraudeur. Dans ces cas d’ultime détresse,
les prières et l’eau bénite s’ajoutent
aux pharmacopées dans un rituel qui emprunte autant à
l’art médical qu’au culte religieux. Les ressorts
psychologiques de la guérison ou de la tranquillité
des âmes restent obscurs... L’Église, pour sa
part, ne voit pas toujours d’un bon œil cette confusion
du magique et du religieux et craint une pollution de la foi par
la réactualisation de croyances traditionnelles.
Le
feu de Saint-Clair : une tradition vivante
Les
croyances populaires sont parfois le résultat d’un
étonnant syncrétisme où se mêlent cultes
païens et rites religieux. L’Église fait alors
preuve d’une largeur d’esprit qui peut surprendre, même
quand la superstition s’en mêle. A la Haye-le-Routot,
dans l’Eure, un bûcher est élevé chaque
année le 16 juillet selon une tradition qui aurait des origines
celtes. La croix fleurie fixée en haut du mât doit
écarter les mauvais présages. Si elle s’enflamme,
il faut s’attendre au pire. Si elle échappe aux flammes,
l’année sera clémente. Ensuite, les brandons
recueillis dans le bûcher sont ramenés dans les habitations
pour les protéger de la foudre. Cette fête populaire
se perpétue sous l’autorité de la confrérie
de Charité et le maire est invité à prononcer
sa lecture lors de la messe, ceint de son écharpe tricolore.
Les traditions populaires s’apparentent aussi à des
rituels sociaux. Les Charitons, encore nombreux dans l’Eure
et le Pays d’Auge, ont normalisé leur relation avec
l’Église mais ils assurent toujours le service des
morts au sein de confréries laïques. Pour les frères
et les sœurs de Charité, l’engagement d’assistance
ne saurait se réduire à l’image folklorique
de leurs processions.
Texte
Philippe Schaffer, Ariane Duclert - Photos Stéphane
Maurice, Eric Bénard |